Allaitement

Le réflexe d’éjection trop fort

 

Cette situation non exceptionnelle est souvent déroutante, car elle peut induire des symptômes, des conséquences et des mesures thérapeutiques variables suivant les mères. Les principaux résultats en sont un bébé " à coliques " et une maman stressée et découragée. Il n’est pas toujours possible d’apporter un remède totalement efficace à cette situation qui s’ améliore très souvent avec le temps. Toutefois, certaines suggestions pourront rendre la relation d’allaitement plus gratifiante pour la mère et le bébé.

Le réflexe d’éjection est le " service de livraison du lait " : c’est l’ éjection active du lait hors de la glande mammaire sous l’influence de la contraction des cellules musculaires entourant les acini. Il est commandé par l’ocytocine. Une quantité de lait variable s’accumule dans le sein entre les tétées. En particulier, le lait de début de tétée, dans les sinus lactifères situés derrière le mamelon, encourage le bébé à téter, ce qui déclenchera le réflexe d’éjection. Toutes les mères ont des réflexes d’ éjection. toutes les quelques minutes, même si, généralement, seul le premier est ressenti.

Il se signale par :

 

Chez certaines femmes, ce réflexe est très fort, le lait pouvant gicler avec violence à plusieurs mètres. Le problème chez une telle mère est : " trop et trop vite ". Une telle quantité de lait arrivant avec autant de force pourra dépasser les capacités de déglutition du bébé. Chez certaines mères, cela s’accompagne d’une sécrétion lactée très abondante, tandis que chez d’autres la sécrétion lactée est " normale ", voire insuf-fisante. Les conséquen-ces et les moyens de remédier à la situation varieront donc suivant les circonstances et l’âge du bébé.

 

Une composante psychologique ?

"J’ai trouvé un moyen infaillible d’inhiber le réflexe d’éjection :

chaque fois que j’ai demandé à quelqu’un de photographier mes "superbes" réflexes, j’étais tellement tendue en les attendant... qu’ils ne sont jamais venus !!! "

"Je me demande s’il n’y a pas une part psychologique importante chez moi. Je suis très sensible, j’ai facilement les larmes aux yeux. Comme les larmes d’émotion, mon lait me submerge lorsque je vis une maternité intense."

 

Pendant les premières semaines

Parfois, la mère comprend où se situe le problème, en voyant son lait gicler avec une telle force que son bébé s’étrangle pendant les tétées. Mais il arrive régulièrement qu’elle ne comprenne pas le comportement déroutant de son bébé. La description qu’elle pourra alors vous faire du problème sera la suivante :

 

Symptômes

Ils peuvent être très variés, et beaucoup d’entre eux peuvent provenir de tout autre chose. Il sera donc nécessaire de bien réfléchir avant d’attribuer ces symtômes à un réflexe d’éjection trop fort.

Variations personnelles

Un "truc" découvert par une mère de ma clientèle : quand le bébé réclame, juste après avoir dégrafé son soutien-gorge, elle fait patienter son bébé quelques instants pendant lesquels elle laisse s’échapper le premier jet (le lait gicle tout seul) ; puis elle applique fortement ses doigts sur le bout du sein, comme pour contenir le jet (comme pour une bouteille de champagne !). Elle maintient cette pression pendant quelques secondes, pendant que son bébé patiente (ou s’impatiente), puis le met au sein. Le flot est alors plus régulier, moins fort, et le bébé est plus calme. Même si ce n’est pas toujours facile pour elle de faire attendre son bébé, cela lui permet d’éviter les interruptions ultérieures, ainsi que l’impression d’une tétée "anarchique"

Dr Martine FAUVEL

Identifier le problème

Vous ne rencontrerez pas obligatoirement tous les symptômes décrits ci-dessus, certains bébés tolérant mieux la situation que d’autres. D’autre part, il ne faut pas oublier que les bébés qui ne reçoivent pas assez de lait peuvent présenter un certain nombre de symptômes similaires, tels qu’ agitation au sein, pleurs fréquents, désir de téter souvent. Il sera donc nécessaire d’évaluer soigneusement la situation, d’autant qu’à terme, un réflexe d’éjection trop fort peut éventuellement induire une stagnation staturo-pondérale. La surveillance de la courbe de croissance, ainsi que le suivi des urines et des selles sera indispensable. Mais l’ensemble des signes suivants sera très évocateur :

Que proposer

Un certain nombre de suggestions pourront être faites. Les techniques qui s’avèreront efficaces pourront être différentes suivant les mères. Il sera donc nécessaire d’être persévérant, d’en essayer plusieurs, et de voir ce qui convient le mieux à chaque mère.

Après les premières semaines

Quand le bébé grandit, certains des problèmes causés par un réflexe d’éjection trop fort s’atténuent. Par contre, d’autres peuvent apparaître. Il arrive que la mère ne réalise que tardivement que les choses ne se passent pas bien, car le bébé n’avait pas trop de coliques, ou on lui avait dit que ces coliques passeraient avec l’âge. La mère peut aussi avoir pensé qu’il était normal que son bébé semble s’étouffer sous la quantité de lait.

Vécu maternel

 

Symptômes

Que proposer

Il sera nécessaire de bien évaluer la situation, afin de savoir si la mère a suffisamment, voire trop de lait, ou si elle est en période de baisse de lait. Cette évaluation se fera sur le nombre de couches mouillées, les selles, le comportement du bébé pendant les tétées (agitation, déglutitions...), le ressenti du réflexe d’éjection, la fréquence des tétées. A noter : une nette baisse des sensations de faim et de soif chez la mère peut être le signal d’une baisse de la sécrétion lactée. Les suggestions décrites ci-dessus restent toujours valables.

Des bébés différents

"Le 13/2/96, j’ai accouché de jumeaux, nés à 41 semaines. Enzo, est né le premier, en présentation normale. Il pesait 2780 g, pour une taille de 51 cm. Edgar, quant à lui, se présentait par le siège, et pesait 2870 pour une même taille. Ce sont de faux jumeaux.

Enzo tète souvent et longtemps. Il a tendance à serrer les gencives sur le sein, et je dois alors le retirer pour le remettre correctement, car il me fait mal. A part cela, les tétées sont calmes. Il ne s’étouffe pas, fait peu de rôts, ne régurgite pas. Il a 4 à 5 selles par jour. Il est assez nerveux et pleure facilement.

Edgar tète rapidement, goulûment. Il s’étouffe souvent, laisse le lait dégouliner autour de sa bouche. Il ne me fait pas mal en tétant. Il a beaucoup de rôts, régurgite à chaque tétée. Il n’a qu’une selle par semaine, avec l’aide d’un suppositoire à la glycérine. Il est placide, facile à calmer.

A 3 mois ½, Enzo pèse 5750 g pour 63 cm, Edgar pèse 5850 g pour 61,5 cm. Tous deux tètent un sein à chaque tétée, en alternant régulièrement. Quels rôles respectifs pour mon réflexe d’éjection, leurs tempéraments différents, leurs morphologies différentes ? Les débuts ont été difficiles, et les premiers jours j’ai " galéré ". Mais j’ai persévéré, et aujourd’hui, tout marche comme sur des roulettes. Merci à LLL, ainsi qu’à mon merveilleux mari, à ma mère et à ma tante, sans le soutien desquels cette belle aventure n’aurait pas été possible. "

Mme Chantal VAQUIER

En conclusion

Le réflexe d’éjection trop fort reste une entité mal cernée et donc relativement difficile à gérer. Il faut donc se garder de mettre cette étiquette sur tout problème d’origine mal déterminée, et non résolu. Des symptômes similaires peuvent provenir d’autres étiologies. Par exemple, l’éviction de l’alimentation maternelle de produits mal tolérés par le bébé (produits laitiers, thé, café, agrumes...) pourra parfois faire des miracles pour une mère chez qui tout avait échoué jusque là. En aidant la mère à comprendre la situation et à décoder le comportement de son bébé face au réflexe d’éjection, vous lui permettrez de trouver les meilleures solutions à son problème, passant parfois par la découverte d’une astuce personnelle. En général, avec de la persévérance, la situation s’ améliore beaucoup après 2 à 3 mois, grâce aux meilleures capacités du bébé et/ou aux suggestions décrites ci-dessus. Reconnaître la situation rapidement permettra souvent d’y remédier plus facilement, ce qui empêchera le réflexe d’éjection trop fort de prendre des proportions intempestives. Mais certaines mères renonceront avant cela devant les difficultés dont elles n’arrivent pas à voir le bout. Dans d’autres cas, même si la situation s’est nettement améliorée après quelques mois, certains problèmes persistent ; l’allaitement reste pour l’enfant une expérience peu agréable, et il se sèvrera rapidement de lui-même. Les mères qui sont suffisamment motivées et soutenues pourront cependant arriver à vivre une relation d’allaitement de longue durée, gratifiante pour elles et leur enfant.

F. RAILHET - avec la collaboration de : Hélène DECLERCK - Hélène PEREZ

Bibliographie

 

 

Voici des suggestions qui s'adressent plus particulièrement aux bébés de 3 à 6 mois.

Même si l'allaitement s'est bien déroulé jusque là, certains bébés qui onteu de la difficulté à s'adapter au réflexe d'éjection puissant de leur mèrepeuvent commencer à démontrer une aversion pour la tétée. Les symptômes quisuivent peuvent se manifester:le refus de continuer à téter après que la mère ait changé de côté;le refus de s'endormir au sein, le bébé préférant téter ses doigts, sonpouce ou une tétine;le refus de téter à certains moments alors que le bébé est visiblementaffamé;le bébé mord le sein;une diminution marquée de la prise de poids ou même la perte de poids;un refus absolu de téter (grève de la tétée)Voici quelques suggestions pouvant persuader un bébé de téter agréablementpendant ces périodes :offrir le sein avant que le bébé ne soit complètement éveillé; allaiter dans la position préférée du bébé;profiter à plein des moments où le bébé tète bien;allaiter d'un seul sein à chaque tétée;entre les tétées, avoir le plus possible de contacts peau à peau avec lebébé;considérer la posibilité de donner des suppléments si le bébé ne tète pasassez souvent.Si le bébé ne tète pas assez souvent, la mère devra peut-être exprimer sonlait pour maintenir sa production lactée.Certaines mères ont constaté qu'après avoir essayé les suggestions énuméréesplus-haut, leur bébé à commencé à apprécier la tétée. Certains d'entre-euxy ont même pris goût et semblent vouloir être allaité encore longtemps.Cependant, si un bébé ne surmonte pas son inconfort à téter, les risquesqu'ils se sèvre tôt, de lui-même, augmentent. Lorsqu'un bébé ne peut téterau sein pour se réconforter sans devoir avaler une grande quantité de lait,il peut choisir de sucer ses doigts, son pouce ou une tétine et se limiter àtéter au sein pour se nourrir seulement. Une fois que le bébé a atteintl'âge de manger une variété d'autres aliments, les probabilités qu'il cessede téter augmentent. Certaines mères disent que leur bébé s'est sevré delui-même avant son premier anniversaire (Andrusiak et Larose-Kuzenko 1987).

 


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